On vous vend sans que vous le sachiez
Difficile de passer à côté : cette semaine, les données fiscales de 678 000 Français (particuliers et professionnels) ont été mises en vente sur le dark web. Puis une deuxième fuite, sur le cadastre. Puis une troisième, sur les successions.
Le sujet a été largement couvert par les médias, et par des spécialistes de la cybersécurité. Vous regardez sans doute la scène avec une forme d’impuissance. Je vous propose cette semaine d’aborder un thème connexe, mais sur lequel vous avez plus de pouvoir.
Vous ne pouviez rien faire pour empêcher le piratage des données du fisc. Mais il existe une autre catégorie de dossiers sur vous. Ceux-là, vous pouvez les faire disparaître, et presque personne ne le fait. Regardons ça.
Les entreprises dont vous n’avez jamais entendu le nom
En ce moment même, des entreprises dont vous n’avez jamais entendu le nom détiennent un dossier sur vous : adresse, revenus estimés, situation familiale, habitudes d’achat. On les appelle les courtiers en données. Vous n’êtes pas leur client : vous êtes leur marchandise. Un seul d’entre eux, People Data Labs, revendique des fiches sur plus de 1,5 milliard de personnes, avec des centaines de millions de numéros de téléphone.
Chaque copie de vos informations qui traîne quelque part, c’est une fuite de plus qui attend son pirate. Rappel qui n’en est plus un au vu de l’actualité : quand un voleur de données connaît votre adresse, le prénom de vos proches et vos derniers achats, son coup de fil du « faux conseiller bancaire » devient très difficile à détecter.
La bonne nouvelle : en Europe, ces données vous appartiennent
Vous pouvez exiger la suppression de ces profils, gratuitement.
Le RGPD vous donne le droit à l’effacement (son article 17). Concrètement :
- Vous écrivez au courtier, souvent un simple e-mail à son adresse « privacy » ou « dpo ».
- Vous invoquez l’article 17 et demandez la suppression de vos données.
- L’entreprise a quelques mois pour s’exécuter
- Silence ou refus injustifié ? La plainte à la CNIL est gratuite et se fait en ligne.
Signe des temps, la Californie, patrie des courtiers, vient d’ouvrir un guichet unique de suppression.
Le problème : comment savoir qui possède vos données ? Comment déterminer la liste des courtiers ?
Il existe des services (payants) qui le font à votre place
Vous avez peut-être entendu parler d’Incogni, de DeleteMe ou d’Optery. Ces services font une chose : ils envoient ces demandes de suppression à votre place, à des centaines de courtiers d’un coup, et les renouvellent dans le temps (car les courtiers reconstituent souvent leurs bases).
Ils n’ont aucun pouvoir que vous n’avez pas. Ils vous vendent du temps et de la régularité. Ça peut valoir le coup si vous voulez vous simplifier la vie : comptez environ 8 €/mois pour Incogni en formule annuelle, avec l’avantage d’une vraie couverture européenne. Mais payez en connaissance de cause, pas par crainte de ne pas pouvoir le faire seul. Sur les formules premium, vous pouvez en plus donner des pages web spécifiques à supprimer, et ils s’en chargent pour vous.
À la semaine prochaine,
Guillaume
Sources et références (8 liens)
- Tout Sur Mes Finances - Cyberattaque des impôts : le point sur la fuite de données
- CNIL - Piratage du système d’information des impôts : les vérifications sont en cours
- People Data Labs - chiffres revendiqués par l’entreprise
- CalPrivacy - Second Data Broker Enforcement Action in Less than a Week
- Toute l’Europe - Pourquoi l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans reste un casse-tête (décision n° 2026-911 DC du 14 août)
- Next - OpenAI sort sa fonction « recall » s’appuyant sur l’historique du clavier, des clics, etc.
- NBC News - Meta trial that could reshape Facebook and Instagram gets underway
- Axios - OpenAI debuts ChatGPT for Teens