Le 8 juillet, j’ai reçu un email de Doctolib. Objet : “Doctolib s’engage dans la recherche pour améliorer la santé”.
Je l’ai presque supprimé. Franchement, qui lit ça un mercredi de juillet ?
Et puis je l’ai ouvert. Bien m’en a pris.
Ce que dit vraiment cet email
Derrière le titre généreux, voici l’annonce : Doctolib lance en août un laboratoire de recherche en intelligence artificielle, avec l’Inria, l’Inserm et l’Université Paris Cité. Le premier projet durera trois ans.
Pour l’alimenter, l’entreprise utilisera les données démographiques et de santé de ses utilisateurs. Les vôtres, donc. Et celles des proches rattachés à votre compte. Vos enfants, si c’est vous qui gérez leurs rendez-vous.
Vous n’avez rien signé ? C’est normal. Le dispositif fonctionne en opposition : si vous ne dites rien, c’est oui.
Est-ce que c’est légal ? Oui. Est-ce que c’est le sujet ? Non.
Le dossier est plus subtil qu’un scandale.
Doctolib s’appuie sur un cadre défini par la CNIL, la méthodologie MR-004, qui autorise ce fonctionnement pour la recherche d’intérêt public. Les partenaires sont des institutions sérieuses. Les données seront pseudonymisées. Tout cela est vrai.
Mais trois points méritent votre attention.
Pseudonymisé n’est pas anonyme. On remplace votre nom par un code. Avec assez de données croisées, remonter jusqu’à vous reste possible. Sur des dossiers médicaux, la nuance n’est pas un détail.
Vos enfants sont inclus par défaut. Le cadre prévoit pourtant que chaque titulaire de l’autorité parentale soit informé pour un mineur. Un email envoyé au parent qui gère le compte ne prouve pas que l’autre l’a reçu.
L’email annonce d’autres projets à venir. Sans préciser lesquels, ni avec qui. Ne rien faire aujourd’hui, c’est aussi dire oui à la suite.
Le geste de la semaine : 2 minutes par personne
Vous voulez participer à la recherche ? C’est un choix respectable, ne faites rien. Vous préférez décider vous-même ? Voici comment vous opposer.
- Ouvrez le formulaire d’opposition de Doctolib (c’est le lien officiel, celui de l’email du 8 juillet).
- Remplissez prénom, nom et date de naissance, puis cochez la case d’opposition. C’est votre droit, article 56 de la Loi Informatique et Libertés.
- Recommencez pour chaque proche rattaché à votre compte, enfants compris. Le formulaire doit être rempli une fois par personne, avec ses informations à elle. La case couvre le cas où vous agissez comme représentant légal.
Doctolib le précise sur le formulaire même : cette opposition “n’a aucune conséquence sur l’usage des services offerts aux patients”. Le projet démarre en août. Faites-le maintenant, pas “un jour”.
Pour les curieux, Doctolib publie la liste de ses projets de recherche sur un portail de transparence : about.doctolib.fr/portail-de-recherche. Utile pour savoir à quoi vous dites oui, ou non.
La leçon derrière le geste
Ce qui me frappe, ce n’est pas Doctolib. C’est le mécanisme.
Cette semaine, la même logique est apparue partout. Des chercheurs de Stanford ont montré que les six grands chatbots IA (ChatGPT, Gemini, Copilot et compagnie) réutilisent vos conversations pour entraîner leurs modèles, souvent par défaut. Bruxelles a accusé Meta de laisser l’autoplay et le scroll infini activés par défaut, en sachant leurs effets.
Trois histoires différentes, une seule règle du jeu : la valeur par défaut, c’est le pouvoir. Celui qui choisit le réglage d’origine sait que la plupart d’entre nous n’y toucheront jamais. Votre silence est devenu un modèle économique.
La bonne nouvelle, c’est que la parade tient en une habitude : chaque fois qu’un service vous annonce une “amélioration”, cherchez ce qui a été activé pour vous. Puis décidez. C’est exactement ça, un déclic.
Vu cette semaine (en bref)
- Meta risque gros, des deux côtés de l’Atlantique. Bruxelles exige la désactivation par défaut du scroll infini et de l’autoplay (amende possible : 12 milliards de dollars), et quatre États américains réclament 1 400 milliards au procès qui s’ouvre mi-août. J’en ai fait un post LinkedIn aujourd’hui : la comparaison avec le procès du tabac vaut le détour.
- L’Europe veut fixer un âge pour les réseaux sociaux. Ursula von der Leyen a annoncé lundi une proposition de loi “après l’été” pour restreindre l’accès aux moins de 13 ans. On en reparlera à la rentrée, forcément.
- Le bouton “vie privée” qui ne servait à rien. L’outil de code de xAI (la société d’Elon Musk) envoyait l’intégralité des projets des développeurs sur ses serveurs, réglage de confidentialité activé ou pas. Rappel utile : un réglage, ça se vérifie, ça ne se croit pas sur parole.
Avant de vous laisser
Si ce numéro vous a été utile, transférez-le à un parent qui utilise Doctolib pour ses enfants. C’est le meilleur moyen de m’aider. Et de l’aider.
À la semaine prochaine,
Guillaume