Les Français tiennent-ils vraiment à leur vie privée en ligne ?
Sur le papier, oui : 75 % des internautes se disent préoccupés par le pistage publicitaire (INSEE, 2023) et la CNIL a reçu 20 150 plaintes en 2025, presque le double de 2018. Mais un tiers seulement règle son navigateur : l'écart entre le dire et le faire reste la vraie statistique.
Informations vérifiées le 10 juillet 2026
Données librement citables avec attribution (lien vers cette page).
Trois internautes français sur quatre se disent préoccupés par le pistage de leurs activités en ligne. Dans le même temps, la quasi-totalité d’entre eux passe par Google chaque mois. J’ai rassemblé les chiffres publics qui documentent ce grand écart : sondages, plaintes CNIL, cookies, bloqueurs de publicité. Chacun avec sa date, chacun avec sa source.
Ce que les Français déclarent
Commençons par les mots. En 2023, 75 % des internautes de 15 ans ou plus se déclarent préoccupés par l’enregistrement de leurs activités en ligne à des fins de publicité ciblée (INSEE, enquête TIC ménages). L’inquiétude grimpe avec l’âge : 82 % chez les 60-74 ans, contre 67 % avant 30 ans. Rien de nouveau, d’ailleurs : dès février 2018, avant même le RGPD, 78 % des Français disaient se soucier de la collecte et de l’usage de leurs données (IFOP).
Le Baromètre du numérique du CREDOC mesure autre chose : 14 % des Français y évoquent une crainte concernant la protection de leurs données personnelles, cinq points de plus qu’en 2020 (données 2025). Selon la façon de poser la question, l’inquiétude passe donc de massive à minoritaire. C’est déjà une leçon : la vie privée inquiète quand on la nomme, mais elle ne vient pas spontanément en tête.
La connaissance des règles ne suit pas non plus. En mars 2019, un an après le RGPD, 44 % des Français seulement en avaient entendu parler. Dernier rang de l’Union européenne, loin des 90 % suédois (Eurobaromètre). Personne n’a publié de mesure nationale plus récente.
Les indices disponibles, posés sur la table
| Indice | Chiffre | Source et date |
|---|---|---|
| Internautes préoccupés par l’enregistrement de leurs activités en ligne | 75 % | INSEE, enquête TIC ménages, 2023 |
| Français évoquant une crainte pour leurs données personnelles | 14 % (+5 points depuis 2020) | CREDOC, Baromètre du numérique, données 2025 |
| Français ayant entendu parler du RGPD | 44 % (dernier rang de l’UE) | Eurobaromètre, mars 2019 |
| Plaintes reçues par la CNIL en 2025 | 20 150 (+10 % sur un an) | CNIL, rapport annuel 2025 |
| Amendes prononcées par la CNIL en 2025 | 487 millions d’euros (83 sanctions) | CNIL, bilan des sanctions 2025 |
| Taux de refus des cookies | 39 % | CNIL, sondage IFOP, juin 2022 |
| Internautes utilisant un bloqueur de publicité | 31 % | GWI via DataReportal, 2024 |
| Score moyen de dépendance à Google des répondants | 47/100 | Baromètre de ce site, juillet 2026 (111 répondants) |
Oui, certaines de ces études datent. C’est le lot habituel du sujet : les mesures publiques solides sont rares, et personne n’a fait mieux depuis. Je les prends pour ce qu’elles sont, des ordres de grandeur, chacune avec son année.
Les plaintes CNIL, le thermomètre le plus fiable
Une plainte n’est pas une opinion. Il faut identifier le problème, remplir un formulaire, argumenter. En 2025, la CNIL en a reçu 20 150, soit 10 % de plus qu’en 2024. En 2018, l’année du RGPD, elle en comptait 11 077 et parlait déjà de record. Le volume a presque doublé en sept ans.
Les sanctions ont suivi, et pas qu’un peu. En 2025, la CNIL a prononcé 83 sanctions pour 487 millions d’euros d’amendes, un montant inédit. Deux décisions du 1er septembre 2025 en concentrent l’essentiel : 325 millions pour Google, qui insérait des publicités entre les emails de Gmail sans consentement, et 150 millions pour Shein, qui déposait des cookies avant tout choix de l’internaute. La même année, 6 167 violations de données ont été notifiées au régulateur, encore un record.
Les gestes suivent, mais à moitié
Que fait-on de cette inquiétude, concrètement ? Beaucoup de petites choses : 80 % des internautes ont fait au moins un geste pour limiter le suivi de leurs informations (INSEE, 2023). Dans le détail, 59 % ont déjà refusé l’usage publicitaire de leurs données et 58 % ont bloqué leur géolocalisation. Mais 33 % seulement ont modifié les réglages de leur navigateur. Le refus des cookies atteignait 39 % en juin 2022 (CNIL), et les bandeaux affichent toujours 55 à 60 % d’acceptation en 2025 (Didomi). Un internaute sur trois utilise un bloqueur de publicité (31 %, GWI, 2024).
Autrement dit, on refuse quand le bouton est devant nous. On agit rarement quand il faut aller le chercher.
Ce que l’écart dit de la dépendance
75 % de préoccupés, un tiers qui touche à ses réglages : les chercheurs appellent ça le paradoxe de la vie privée. Je crois l’explication plus terre à terre. Refuser un cookie coûte un clic, quitter un écosystème coûte des heures. Or Google capte 88 % des recherches en France et 20 à 30 millions de Français ont une adresse Gmail. L’inquiétude s’arrête là où commence la dépendance. Qui claque la porte du service qui garde ses photos, ses mails et ses mots de passe ?
Mon baromètre raconte la même histoire à petite échelle. Le score moyen de dépendance à Google y atteint 47 sur 100 en juillet 2026, sur les 111 premiers répondants (le baromètre). Échantillon auto-sélectionné, j’insiste : ces visiteurs réfléchissent déjà à leur usage de Google, la moyenne française est sans doute au-dessus. Les statistiques de dépendance détaillent ce que ces 47 points recouvrent.
Mesurer l’écart chez vous
Se dire préoccupé ne coûte rien. Mesurer, à peine plus : le diagnostic chiffre en 3 minutes ce que votre vie numérique doit à Google, sans compte à créer. Et si le résultat vous décide à réduire l’écart entre ce que vous pensez et ce que vous faites, le guide pour quitter Google donne la vue d’ensemble, sans précipitation.
Sources
- CNIL, rapport annuel 2025, publié en 2026 : 20 150 plaintes, 323 contrôles, 6 167 violations de données.
- CNIL, bilan des sanctions 2025 : 83 sanctions, 486,8 millions d’euros d’amendes cumulées.
- CNIL, sanction de Google (325 millions d’euros) et sanction de Shein (150 millions), septembre 2025.
- CNIL, évaluation du plan d’action cookies : taux de refus de 39 %, sondage IFOP, juin 2022.
- Next INpact, « Plus de 11 000 plaintes déposées à la CNIL en 2018 », avril 2019.
- INSEE, « Sécurité numérique », enquête TIC ménages 2023 : préoccupation déclarée et gestes de protection.
- IFOP, « Les Français et le RGPD », février 2018, 1 001 personnes interrogées.
- Vie-publique.fr, Eurobaromètre RGPD, mars 2019, 27 000 sondés : 67 % dans l’UE, 44 % en France (détail par pays).
- Les e-novateurs, synthèse du Baromètre du numérique 2025 : CREDOC, édition de février 2026.
- Donneespersonnelles.fr, benchmarks du consentement aux cookies, d’après Didomi, choix collectés en 2025.
- Assist Ouest, d’après GWI et DataReportal : 31 % d’utilisateurs de bloqueurs de publicité, 2024.
- Le baromètre de ce site, juillet 2026 : 111 répondants au diagnostic, échantillon auto-sélectionné.
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Questions fréquentes
Combien de plaintes la CNIL reçoit-elle chaque année ?
20 150 plaintes en 2025, soit 10 % de plus qu'en 2024, selon son rapport annuel. C'est presque le double de 2018 et ses 11 077 plaintes, un chiffre qui faisait pourtant figure de record au moment de l'entrée en application du RGPD. La plainte est devenue un réflexe : c'est le signe le plus concret de la sensibilité des Français à leur vie privée.
Les Français connaissent-ils le RGPD ?
Mal : en mars 2019, un an après son entrée en application, 44 % des Français seulement en avaient entendu parler, le dernier rang de l'Union européenne selon l'Eurobaromètre. Personne n'a publié de mesure nationale sérieuse depuis. Le RGPD garantit pourtant des droits très concrets, comme celui de récupérer ses données : c'est ce droit que mon livre met à profit pour quitter Google.
Pourquoi accepte-t-on encore les cookies si on s'en méfie ?
Parce que refuser demande un effort répété, bandeau après bandeau. Les taux d'acceptation tournent encore autour de 55 à 60 % en France en 2025 (Didomi), alors que le taux de refus atteignait déjà 39 % en juin 2022 (CNIL). La fatigue du consentement fait le reste. Pour mesurer votre propre exposition, le diagnostic chiffre votre dépendance en 3 minutes.
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